La 5ème Circonscription des Français de l'Étranger,
Français à part entière !

La Cinquième Circonscription des Français établis hors de France est l'une des onze circonscriptions législatives des Français établis hors de France. Depuis 2010, elle comprend la Péninsule Ibérique (Espagne, Andorre et Portugal) et la Principauté de Monaco, pour une population de 120 708 Français inscrits sur les registres consulaires.

En Espagne, avec un peu plus de 94.000 inscrits, nos compatriotes sont répartis entre trois consulats généraux, celui de Madrid (qui inclut également l’Andalousie, les Canaries et la région de Valence), celui de Bilbao et celui de Barcelone (qui inclut également les Baléares). 

Nous avons un peu plus de 3.000 compatriotes à Andorre et près de 8.000 à Monaco.

Enfin, au Portugal, où j’habite depuis 1993, nous avons près de 16.000 inscrits, avec un développement spectaculaire en Algarve où plus de 2/3 des inscrits ont plus de 60 ans.

Lors de l’élection législative partielle de 2018, dernier scrutin national organisé, la participation au second-tour était de 7,97% sur la circonscription, avec seulement 5,6% à Monaco et Séville et 10,39% à Madrid. Mme Samantha Cazebonne (LREM) avait été réélue avec 530 voix de plus que son challenger.

Selon le remarquable livre de Guillaume Horn, les Français arrivent en nombre à Barcelone au XVème siècle. Composée alors principalement de négociants et d’artisans, la communauté française de Barcelone s’organise pour aider les malades français et couvrir les frais d’enterrements des plus démunis. La communauté française a traversé les guerres et les moments de prospérité.

On a tendance à limiter la présence française dans l’histoire de Madrid aux tragiques événements de la guerre d’Indépendance et à « Pepe Botella » (Joseph Bonaparte) ... Cependant, il y a d’autres traces, parfois peu connues, de la venue ou de l’œuvre d’illustres personnages français à Madrid. Selon l’ouvrage de Fabien Montcher, entre le XVIe siècle et le XVIIe siècle, l’échange de princesses entre la France et la Monarchie hispanique contribua à la stabilité des relations politiques entre chacune de ces monarchies. Entre le milieu du XVIe siècle et le milieu du XVIIe siècle, le patronage religieux de ces reines fut l’un de leurs principaux atouts politiques, en particulier à travers la mémoire du saint roi Louis IX (1214-1270). Les origines castillanes héritées de sa mère, Blanche de Castille (1188-1252), et les liens de parenté l’unissant aux grandes figures castillanes de la Reconquête, telles qu’Alphonse VIII (1155-1214) et Ferdinand III (1199-1252), alimentèrent la popularité de Louis IX dans la péninsule Ibérique dès le XIIIe siècle. Lorsque les princesses de France, Élisabeth de Valois (1545-1568) et Isabelle de Bourbon (1602-1644) arrivèrent dans la Péninsule Ibérique, elles établirent depuis la cour d’Espagne un point de contact décisif à partir duquel circulèrent les multiples représentations de saint Louis. 

En tant que médiatrices du sacré et de la paix, ces reines peuvent être présentées comme les héritières des « Filiae regis Francorum » qui, entre 1270 et 1380, contribuèrent à la consolidation du lignage et du pouvoir par la grâce de la royauté française. À l’inverse de la France, la Monarchie hispanique ne disposait pas d’un roi saint. Dès le XVe siècle, et surtout tout au long du XVIe et du XVIIe siècle, le culte de saint Louis se répandit dans plusieurs localités de la péninsule Ibérique. Des traces de son culte ont été retrouvées à Madrid, Barcelone, Valence, Poblet, Malaga, Cadix, Séville et Lisbonne. Des chaudronniers d’origine bretonne fondèrent à Lisbonne sous le règne d’Édouard Ier (1433-1438) une confrérie dédiée au saint roi. Leur église fut terminée en 1577, et après l’union des couronnes d’Espagne et du Portugal en 1580 elle fut incorporée à la liste des sites religieux dédiés au saint dans la Monarchie hispanique. Dans les territoires de la Monarchie situés en dehors de la péninsule Ibérique, tel que le royaume de Naples, le culte de saint Louis fut intimement associé à la figure de saint François de Paul. 

La reconquête du dernier royaume musulman d’Espagne et les fondations religieuses dédiées à la mémoire de saint Louis permirent aux Rois Catholiques clore symboliquement la huitième et dernière croisade, restée inachevée après la mort du saint roi à Tunis en 1270. Sous le règne de Charles Quint (1519-1558), saint Louis fut la caution des campagnes militaires de l’Empereur dans le nord de l’Afrique. Depuis les luttes pour les Canaries et les Açores, et la concurrence entre les pêcheurs dans les grands bancs de Terre-Neuve et du Labrador, jusqu'aux grandes expéditions coloniales et sanglantes dans la baie de Guanabara, la France et le Portugal se sont disputés de vastes champs d'empire océanique pour les perdre tous les deux, grâce d'une part aux guerres de religion (la France) et d'autre part à la grande mésaventure marocaine (le Portugal) tandis que l'Espagne et l'Angleterre profitent de leurs déboires.

Au début du 19ème siècle, la campagne de Napoléon Ier en Espagne coïncide avec la guerre d'indépendance espagnole. À la suite des graves échecs subis par l'armée française durant l'année 1808, Napoléon décide de mener lui-même une partie de la Grande Armée venue d'Allemagne. L'Empereur occupa rapidement Madrid, rétablissant la domination française sur les régions centrale et septentrionale de la péninsule Ibérique, provoquant la déroute des britanniques.

C’est la menace d'une guerre imminente avec l'Autriche et les intrigues politiques fomentées pendant son absence qui décidèrent l'Empereur à quitter l'Espagne en janvier 1809 et à retourner à Paris. En ne complétant pas la conquête et la soumission totale du pays il dut laisser en Espagne d'importants contingents qui s'y usèrent inutilement pendant les trois années suivantes. Avec la révolution industrielle, les commerçants et manufacturiers français purent reprendre à leur compte la présence française, alors que l'Espagne connaît au XIXe siècle une « résurrection minière». Elle fait alors du pays le premier exportateur mondial de matières premières minérales non énergétiques. Sans pour autant pallier les faiblesses économiques et sociales de l'Espagne. Cet essor, dans les années 1840 et 1860, reste bien limité et ne donne pas lieu à un véritable capitalisme minier, car se met en place une mainmise étrangère (notamment française) sur le secteur qui durera jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale.

Depuis la fin des années 1950, après une longue période d'isolationnisme politique et d'autarcie économique, l'Espagne a amorcé, d'une façon lente mais irréversible, sa convergence avec les pays développés du monde occidental. La France a largement participé à ce processus de modernisation économique, en apportant un grand volume de devises, grâce au tourisme et aux transferts des émigrants espagnols travaillant en France. Ce même phénomène se vérifie au Portugal. On constate un afflux grandissant vers l'industrie espagnole et portugaise des produits, capitaux, techniques et méthodes de gestion d'origine française, lesquels ont largement contribué au développement des branches essentielles. Les objections idéologiques envers les régimes du général Franco et de Salazar se sont progressivement évanouies, au moins dans le domaine des faits, devant l'importance de la coopération économique. L’entrée conjointe du Portugal et de l’Espagne dans la Communauté Européenne, le 1er janvier 1986, vont définitivement cimenter cette présence singulière. 

— Laurent Goater

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